La Maladie de Chagas

Mardi, 18 juillet 2017

France


La maladie de Chagas, connue également sous le nom de trypanosomiase américaine, est une maladie potentiellement mortelle provoquée par un protozoaire flagellé Trypanosoma cruzi.

L’OMS estime que, dans le monde, 6 à 7 millions de personnes sont infectées par ce parasite, avec 300 000 nouveaux cas par an et 21 000 morts par an. (Sources 2014).

Découverte en 1909 par un médecin brésilien qui lui a donné son nom, cette trypanosomiase américaine (proche de la maladie du sommeil) est due à un parasite transmis par une punaise. Aujourd’hui les principales difficultés qu’elle pose sont la recherche de nouvelles molécules thérapeutiques (les molécules utilisées comportant des effets secondaires non négligeables) et son diagnostic clinique et biologique.

Répartition :
La maladie est présente dans 21 pays d’Amérique latine où elle est le plus souvent transmise à l’homme par contact avec les déjections de punaises hématophages (les réduves). Toutefois, au cours des dernières décennies, elle a été dépistée de plus en plus souvent aux États Unis, au Canada, dans de nombreux pays d’Europe et dans certains pays du pacifique occidental (en lien avec les dynamiques de populations).

carte

 

Signes et symptômes :
La maladie de Chagas se présente en deux phases. La première, la phase aiguë dure environ 2 mois. C’est une période pendant laquelle les parasites circulent dans le sang, et envahissent différents organes. Elle peut être asymptomatique, paucisymptomatique ou se caractériser par une fièvre, des adénopathies, une hépatomégalie, une splénomégalie (ou encore lésions cutanées, œdème de la face ou signe de Romaña, lymphœdème, douleurs musculaires, difficultés respiratoires, ou atteintes cardiaques.). Lors de la phase chronique chez plus d’1/3 des sujets, les parasites ont un tropisme particulier pour le muscle cardiaque (myocarde) et les muscles en lien avec l’appareil digestif. Jusqu’à 30% des patients souffrent de troubles cardiaques et jusqu’à 10% de troubles digestifs, neurologiques ou les deux à la fois. Plus tardivement l’infection peut conduire au décès soudain secondaire à une arythmie cardiaque ou à une insuffisance cardiaque progressive.

Transmission :
En Amérique latine, T. cruzi est principalement transmis par les déjections de punaises hématophages. Ces dernières vivent dans les fentes des murs ou des toits des habitations précaires en milieu rural ou suburbain.

punaise

Cependant, le parasite peut également être transmis par transfusion sanguine, par voie transplacentaire, et par transplantation d’organes.

Diagnostic :
A la phase aiguë, il repose sur la mise en évidence des parasites (goutte épaisse, examens de biopsies tissulaires).

parasite

A la phase chronique, la sérologie parasitaire est le plus souvent le seul examen contributif au diagnostic. La recherche d’anticorps se fait par test ELISA, IFI ou HAI.
Il existe un TDR le Chagas Stat-Pak qui est utilisé comme test de diagnostic de première intention dans les programmes MSF en Amérique du Sud (spécificité 99%, sensibilité 93.4%).
L’EFS et l’ANSM ont travaillé activement pour la validation et la mise en place de techniques sérologiques de dépistage fiables de la maladie de Chagas qui sont appliquées aux Antilles françaises et en France métropolitaine.

tubes

 

Traitement :
Pour éliminer le parasite, la maladie peut être traitée au moyen de benznidazole (Rochagan®, Radanil®) ou de nifurtimox (Lampit®). Ces 2 médicaments sont efficaces à près de 100 % et permettent de guérir de la maladie s’ils sont administrés suffisamment tôt après l’infection, en phase aiguë et dans les rares cas de réactivations aiguës chez l’immunodéprimé (contre-indications majeures de ces molécules : grossesse, insuffisance rénale, insuffisance hépatique, troubles neurologiques ou psychiatriques).

Lutte et prévention :
Il n’existe pas de vaccin contre la maladie de Chagas, ni de traitement efficace pour les formes chroniques.
La lutte anti-vectorielle, basée sur l’écologie des vecteurs, est la méthode la plus efficace pour prévenir la maladie en Amérique Latine. Un dépistage sanguin est obligatoire pour prévenir une infection consécutive à un don du sang ou à une transplantation d’organe. La prévention consiste à améliorer l’habitat rural et péri-urbain, à la prophylaxie individuelle (moustiquaires) et surtout à la lutte par des insecticides.
Il reste malgré tout une série de problématiques à résoudre :

  • La pérennisation, le maintien et la consolidation des progrès en matière de lutte anti-vectorielle ;
  • L’émergence de la maladie de Chagas dans des régions précédemment considérées comme indemnes, comme le bassin amazonien ;
  • La persistance de la maladie dans des régions où la lutte avait bien progressé (Bolivie, Argentine) ;
  • La dissémination internationale, principalement due à une mobilité accrue de la population entre l’Amérique latine et le reste du monde ;
  • L’extension de l’accessibilité du diagnostic et du traitement à des millions de personnes infectées.

 

La maladie de Chagas en France, en Europe et aux USA

Des dizaines de milliers de chagasiques chroniques vivent aujourd'hui aux USA, au Japon, en Australie et en Europe où ils constituent un risque potentiel de transmission par transfusion et dons d'organes, dont il est difficile d'évaluer l'importance.

En Europe actuellement, la prévention de la transmission par transfusion ou dons d'organes s'effectue par une enquête épidémiologique sur les donneurs (voyageurs ou migrants provenant d'Amérique latine) et des tests sérologiques ciblés. La prévention de la transmission congénitale se fait par le dépistage des femmes enceintes à risque. Des dispositions spécifiques ont été prises en France ; elles concernent plus particulièrement la Guyane française. (entre 0.25 et 0.5% de séropositivité).

 

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